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dimanche 12 septembre 2010

Peche sous marine

1- La chasse à l’agachon par petits fonds. On la pratique
surtout pendant les mois d’hiver. Il faut beaucoup de réflexes
car le tir se fait à la volée dans des positions parfois
impossibles, et avoir une excellente aquacité pour se faufiler
entre les rochers, pour lutter contre les vagues. C’est par mer agitée
et avec une eau trouble que cet agachon donne les meilleurs résultats.
Il faut choisir une zone rocheuse et commencer à l’explorer en
variant les positions et les postes, toujours parfaitement dissimulé
derrière les rochers. La profondeur opérationnelle dépasse
rarement les 10 m. Il faut trouver un poste où l’arbalète
sera maintenue parallèle à la côte. " Je
descends quelques mètres avant l’endroit où se brisent les
vagues. La descente doit être silencieuse grâce à un
bon lestage vu que la profondeur est faible. Il faut impérativement
enlever le tuba de la bouche avant de s’enfoncer sous l’eau, c’est une
question de discrétion. Le positionnement au fond est vraiment
très important pour la réussite de l’agachon. Il faut se
dissimuler derrière un rocher, bien à plat ou du moins en
épousant du mieux que l’on peut le relief. A ce stade le plus difficile
est de maîtriser ses palmes. Les vagues et le courant sont nos pires
ennemis. Si les palmes se soulèvent, c’est comme si vous agitiez
un drapeau " attention danger ". Les poissons s’éloigneront
de la zone sans que vous ayez pu les apercevoir. Le tir est le plus souvent
une action réflexe. Le poisson apparaît soudain, sortant
de l’eau trouble. Il s’aperçoit en général de votre
présence au moment où vous même le voyez. La grosse
différence c’est que vous l’attendiez mais lui ne vous attendait
pas. C’est lorsque le poisson passe au dessus de vous que vous avancez
lentement le bras dans sa direction pour lâcher la flèche.
Ces circonstances ne sont pas rares notamment avec les loups qui aiment
bien le vagues en terre. Je porte une combinaison "camouflage" pour mieux
me fondre dans le paysage. A faible profondeur le rayonnement des couleurs
est fort et quelque soit la vision des poissons cela me semble être
la tenue la plus discrête. La couleur noire pour une combinaison
est bien adaptée à la profondeur où quelque soit
l’ensoleillement, la masse d’eau agit comme un filtre. L’heure importe
peu pour agachonner en terre. Le plus important est la saison. L’hiver
est la plus appropriée des saisons parce qu’il arrive de rencontrer
des compagnies de loups impressionnantes. Le fusil est d’une taille intermédiaire
(90 cm), le lest est suffisant sans exagération.



2- L’agachon en eau profonde sur fond rocheux,
sur les secs au large, près des tombants, à la pointe
des caps et des écueils battus par les vagues et le courant.
J’arrive sur les lieux très discrètement en laissant le
bateau courir sur son erre, moteur éteint. Je me glisse dans
l’eau sans un bruit après avoir analysé le sens du courant
pour plonger à la recherche de mon poste. Ma dernière
inspiration est plus profonde que les autres.

J’enlève le tuba de la bouche pour que les
bulles ne trahissent pas ma présence. Je lance mes deux jambes
en l’air en basculant le buste en avant et je m’enfonce sans bruit
et en souplesse sous la surface. Mes palmes prennent le relais pour
atteindre rapidement la zone où ma flottabilité devient
négative. Là je peux me laisser glisser vers le fond
dans une position hydrodynamique en jouant de l’assiette des palmes
pour diriger et corriger ma descente.
S’il y a du courant je descends en oblique contre lui
et en palmant. L’arbalète toujours plaquée au corps pour
la dissimuler le plus possible aux yeux des poissons.
Avant d’arriver sur le fond je fais un tour complet sur
moi même pour voir s’il y a des indices de vie. Une fois en bas
je continue à observer l’attitude et la position du petit poisson.
S’il est présent alors neuf fois sur dix je peux espérer
la présence de prédateurs, invisibles dans le bleu, mais
prêts à l’attaque. Si le premier agachon ne donne rien
cela ne signifie pas que le poisson n’est pas là, il est probablement
un peu loin. Sa curiosité n’est pas encore exacerbée.
Pendant l’agachon il faut regarder le comportement du petit poisson
car il est le meilleur indicateur de la venue ou pas du prédateur.
S’il devient nerveux ou qu’il quitte brusquement les lieux, il y a fort
à parier que le ou les prédateurs arrivent dans la direction
opposée. Ce qu’il ne faut pas faire pendant la descente et au
fond, c’est ouvrir les jambes latéralement. Cette silhouette
est un véritable épouvantail à poissons, il faut
absolument garder les jambes unies.
Il y a un autre facteur dont il faut tenir compte ce sont
les courants d’eau froide. S’il y a en a il sera difficile de trouver
des liches et des dentis
car ils n’aiment pas les basses températures. Vouloir l’ignorer
vous exposerait à de mauvais résultats. Je m’en suis rendu
compte très tôt. Un jour à l’agachon sur des dentis,
j’ai été surpris de voir qu’ils venaient jusqu’à
une dizaine de mètres de moi et repartaient aussitôt sans
daigner me jeter un regard. Leur manège m’intriguaient puisque
rien dans mon comportement ne justifiait cette volte face. Et puis cette
barrière invisible qui les empêchait de s’approcher chaque
fois un peu plus m’intriguait. Je décidai d’aller me rendre compte
sur place. J’ai compris tout de suite lorsqu’un courant glacial m’enveloppa
à cet endroit. Au contraire les eaux chaudes favorisent la présence
de ces espèces. J’ai d’ailleurs réalisé mes meilleures
pêches dans ces conditions. En ce qui concerne la profondeur c’est
une contrainte incontournable de cette pêche. Les gros poissons
ne se prennent qu’exceptionnellement au-dessus de 20 m de profondeur.
J’ai remarqué aussi que les poissons se sentent plus en sécurité
lorsqu’ils peuvent vous approcher par le fond, donc à plat. Au
contraire sur une zone accidentée de gros éboulis, de
grandes dalles verticales, le poisson vient très mal. Partant
de ce constat, je peux dire que le meilleur poste d’agachon sur un fond
plat est celui d’une dépression dans le sol où l’on peut
se cacher entièrement des palmes au tuba sans créer d’inconnues
pour le poisson. Quel que soit le poste adopté, le fusil doit
rester discret, pointé dans la bonne direction. Les fusils recouverts
d’une gaine protectrice en néoprène ou caoutchouc évitent
les bruits incongrus contre la roche, il faut penser à mettre
toutes les chances de son côté. Aucun détail n’est
à négliger. Si l’arbalète est dans la mauvaise
direction, la tentation est grande de bouger le bras. Abstenez-vous,
servez-vous plutôt du poignet pour corriger l’angle de tir. Autre
détail important, votre regard. Il doit rester discret et immobile.
J’ai essayé de chasser avec un masque teinté pour voir
si cela valait vraiment la peine. Je n’ai pas été convaincu
car la luminosité bien amoindrie devient un handicap, surtout
à l’aube et au crépuscule qui sont les meilleurs moments
pour chasser le pélagique. On le voit le tir n’est pas simple
surtout sur le denti qui est le poisson le plus intelligent et le plus
méfiant que je connaisse.

Il arrive toujours de face pour faire demi-tour à
une distance respectable. C’est à ce moment précis, avant
qu’il tourne et disparaisse, qu’il faut tirer. Lorsque le denti s’approche,
il est si nerveux que dès qu’il verra votre index fléchir
sur la détente, il s’en retournera. Un tir trop tard risque de
le toucher dans la partie arrière, il se déchirera facilement
tellement il est puissant. Il y a des poissons particulièrement
peureux qui restent désespérément loin, hors de
portée. Que faut-il faire dans ce cas ? Si vous êtes bien
caché, vous pouvez essayer de lever légèrement
la tête et la rabaisser immédiatement. Le denti excité
par cette courte apparition risque de succomber à sa curiosité
maladive. Si cette ruse ne marche pas, ce n’est pas la peine d’insister.
En quittant le poste il faut rester aussi discret qu’à la descente
en s’aidant des mains pour se redresser et s’éloigner hors de
la vue du poisson avant d’entamer le trajet à la palme calmement.
De la sorte on peut recommencer un agachon sur le même poste.
Il est plus facile de capturer une liche (ou sériole)
qu’un denti car c’est un poisson moins méfiant. De plus une fois
à portée, la liche s’expose plus longtemps et plus largement
à la flèche. Il faut éviter de tirer dans les ouïes
qui sont assez fragiles et qui ne résisteraient pas à
sa force de traction. Le meilleur endroit est le centre dans la ligne
latérale. Il faut absolument un moulinet pour la travailler à
la remontée et de la surface. Il faut profiter de l’instant où
elle est K.O. pour s’en saisir parce qu’après elle tire comme
un train. Un deuxième moulinet est plus que nécessaire
dans ce cas pour prendre le relais du premier dont la bobine est vide.
Cela m’est arrivé plus d’une fois qu’une liche m’emporte l’arbalète
en bout de fil sans que je puisse rien faire ! Depuis j’en ai toujours
deux. Je préconise de porter le 2ème moulinet au bras
plutôt qu’à la ceinture simplement parce qu’il ne risque
pas de s’emmêler avec les plombs à la ceinture mais aussi
parce qu’il ne restera pas accroché à la ceinture si vous
êtes obligé de vous en séparer au fond. Pour la
liche il faut un fusil long avec des sandows puissants pour assurer
des tirs lointains sur des poissons qui peuvent atteindre 50 kg. Tout
doit être solide, la flèche de 7 mm et les ardillons. Deux
ardillons de 7 cm placés à la même hauteur pour
équilibrer la force qui va s’exercer sur l’axe et la flèche.
Ces ardillons sont limés sur la tranche pour ne pas couper et
déchirer les chairs. Ils épousent parfaitement la section
de la flèche.
En fonction de la zone choisie l’heure de la pêche
est importante. Si c’est une zone d’activité : plaisance, plongeurs,
chasseurs, ne tentez rien en dehors du lever et du coucher du soleil,
le seul moment ou la mer retrouve calme et sérénité.
Au large, au calme, il n’y a pas d’heures. Le matin, à midi ou
l’après-midi sont des bonnes heures. Pour finir je dirai que
le noir est la couleur la plus adéquate pour tout l’équipement
sous-marin dans la pêche profonde. Pour le reste c’est une affaire
de technique, d’expérience, de persévérance et
d’instinct. Des qualités indispensables pour passer d’une sortie
nulle à mémorable.